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La tolérance n’est pas une vertu, puisqu’elle ne vise pas un bien, mais un mal. Plus précisément : la tolérance est l’acte de celui qui n’empêche pas un mal, afin de promouvoir un plus grand bien ou d’éviter un plus grand mal.
La parabole de l’ivraie et du bon grain (Mt 13, 24-30) nous rappelle que Dieu tolère le mal dans nos vies : il refuse que les serviteurs arrachent l’ivraie uniquement pour éviter d’abîmer le bon grain, car la suppression du mal causerait des maux supérieurs à la tolérance dont il peut faire l’objet.
Tolérer un mal n’est pas l’approuver ou y consentir ; c’est la désapprouver et vouloir y mettre fin dès que possible. Il est parfaitement intolérant d’accuser d’intolérance celui qui proclame avec conviction ce qu’il considère correspondre au vrai et au bien. En général une telle position trahit une position relativiste, doctrine selon laquelle il n’y aurait aucune vérité qui puisse s’imposer universellement. Mais le relativiste tolérant devrait « tolérer » que d’autres ne partagent pas sa conviction, et admettre qu’ils proclament ce qu’ils considèrent comme vrai et bien pour tout homme. L’accusation d’intolérance formulée par le relativiste, est une projection sur son interlocuteur de sa propre intolérance inavouable.
Bonjour mon Père
Cette réflexion sur l’intolérance m’intéresse beaucoup, merci à vous. Les partisans du relativisme sont, eux aussi, convaincus de la "vérité" du relativisme en matière de religion. Pourquoi ? Comme nous faisons le choix de la foi en Jésus, l’un aura fait le choix de l’athéisme, l’autre du bouddhisme, l’autre de la religion musulmane. Et donc, si chacun essaie d’argumenter avec nous pour nous convaincre de ce qui est, selon sa conviction, "le bien", "la vérité", nous devons aussi accueillir, écouter chacun avec bienveillance. Au bout du compte, ne risquons-nous pas de trouver un peu "fastidieux", à la longue, les propos de l’athée qui veut nous convaincre de sa vérité, même si, en retour, il écoute ce que nous disons de notre foi ? Car les autres "tolèrent" notre foi, qui, de leur point de vue, est un mal. Chacun restant sur ses positions, sauf cas de conversion, on finit par accepter de se taire pour ne pas "indisposer" les autres parce qu’on est fatigué d’entendre ceux qui veulent aussi nous convaincre. Au fond, n’est-ce pas le mot "tolérance" qui est piégé ?Habituellement, par "tolérance", on entend plutôt "respect", respect de l’autre, avec ses convictions.D’où vient le mot "tolérance" ? Quel est l’histoire du mot ? Pardon de tourner en rond mais j’essaie juste de réfléchir ! Par ailleurs, je crois qu’on ne peut pas comparer des comportements sociaux (tolérance)et des choix personnels (respect).
Comme cela est vrai Père. Lorsque j’étais "bouddhiste", je suscitais l’intérêt, la curiosité et "j’attirais" un tas de gens autour de moi ... Depuis mon retour à ma religion d’origine, ce sont le plus souvent des mines consternées ou des propos calomnieux contre l’Église Catholique, y compris de la part de chrétiens, un certain "mépris", c’est curieux mais ce mot me trottait dans la tête depuis hier et ce matin je lis un texte de Saint Antoine de Padoue en écho à l’évangile d’aujourd’hui qui me touche en plein coeur :
"Aime-toi, tel que Celui qui t’a aimé t’a fait. Méprise-toi, tel que toi tu t’es fait. Soumets-toi à ce qui est au-dessus de toi ; méprise ce qui est au-dessous de toi. Aime-toi de la même manière que t’a aimé Celui qui s’est livré pour toi. Méprise-toi, pour avoir méprisé ce que Dieu a fait et a aimé en toi... Veux-tu garder Dieu toujours en ton esprit ? Regarde-toi tel que Dieu t’a fait. Ne va pas chercher un autre toi-même, ne te rends pas autre que ce que Dieu t’a fait. Ainsi tu auras toujours Dieu dans ton esprit."
Pardonnez-moi Père pour cette digression mais ce qui me remplit de joie, c’est qu’à chaque fois que d’aucuns tentent de me destabiliser dans ma démarche de foi, y compris celle en moi "telle qu’elle s’est faite", le Seigeur me ramène vers Lui avec tendresse et miséricorde, qu’Il soit béni !
C’est évident qu’à partir du moment où l’on proclame qu’une vérité est absolue en matière de religion, on se place dans une situation de conflits inévitables aussi bien avec les autres religions révélées, qu’avec les partisans du relativisme, les athés, les agnostiques ... et on voit mal quel bien il peut résulter de telles positions pour l’humanité et quelle en sera l’issue ultime ?
L’église ne pratique-t-elle pas de fait un relativisme négatif dans ses rapports avec les autres religions qu’elle considère comme des tentatives humaines et inachevées, finalement de moindre "maux" provisoires qu’il faut tolérer ?
Il faut alors admettre qu’aucun dialogue inter-religieux sérieux n’est possible dans ces conditions où règne la plus grande hyppocrisie. Il faut donc être lucide et accepter toutes les conséquences qui poussées dans leur logique extrême peuvent aller jusqu’à la guerre sainte pour que sa propre vérité triomphe contre ce qu’on considère comme un mal "absolu" ou même "relatif".
Alors, est-ce que les religions sont capables d’apporter plus de paix à l’humanité dans le respect de leurs différences, ou au contraire, ne peuvent-elles que nous proposer que des rivalités, des affrontements, du fanatisme et en finalité une guerre mondiale où chacun brandira sa religion comme étendard ? un Armaguédon ? Malheureusement, étant donnée la situation dans le monde, la radicalisation des religieux, il faut aujourd’hui envisager cette hypothèse comme possible.