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La soi-disant “méditation chrétienne” diffusée par le moine bénédictin John Main, puis à la mort de celui-ci en 1982, par son disciple Laurence Freedman, n’est en fait qu’une tentative de “christianiser” une technique de méditation orientale. Plutôt que de prendre pour mantra le nom d’une divinité hindoue, John Main introduit un mantra “chrétien”, à savoir : “Maranatha”. Cette Parole tiré de l’Apocalypse est cependant totalement détachée de son contexte. Il ne s’agit pas en effet de méditer sur son contenu, mais de s’en servir pour focaliser l’attention, puis progressivement laisser s’apaiser l’activité mentale, pour finir par la suspendre totalement - si possible. Il s’agit donc d’une technique d’intériorisation, conduisant à une expérience de son propre psychisme ; mais en aucun cas une telle expérience ne peut être qualifiée de spirituelle. Dans le contexte chrétien, ce qualificatif est réservé à une expérience de rencontre avec le Tout Autre qui s’est fait proche en Jésus-Christ. Autrement dit, il s’agit d’une expérience dans l’Esprit Saint, qui est la Relation personnelle et vivante entre le Père et le Fils et entre le croyant et le Christ.
Une tentative analogue avait été entreprise il y a une dizaine d’années par Daniel Maurin avec son Oraison du coeur, dans laquelle il transgrivait mot à mot l’initiation à la méditation transcendantale (Maharishi Mahesh Yogi), ne changeant que le mantra oriental en un mantra issu de la tradition judéo-chrétienne, gardant inchangée l’intégralité de la technique hindoue.
Bonjour, Je ne vois aucune antinomie dans les propos, autour de "la méditation chrétienne", simplement catégorisation et repositionnement somme toute en accord avec nos façons de penser et une orthodoxie. A l’aune de mon vernis culturel, je pense que la lecture d’Origène pourrrait être intéressante à croiser avec ces sujets, au moins sur le plan de n’en pas rester aux apparences.
Et les propositions d’Anthony De Mello ? Il a aussi connu l’Inde, ses approches et en tant que jésuite il a fait des propositions intéressantes et porteuses de foi et de discernement. Qu’en pensez-vous ? Cordialement
Il me semble que le plus simple est encore de publier la notification de la sacré congrégation pour la doctrine de la foi concernant les ouvrages du père Anthony de Mello. La notification est en anglais, mais elle est facile à traduire.
NOTIFICATION CONCERNING THE WRITINGS OF FATHER ANTHONY DE MELLO, SJ
The Indian Jesuit priest, Father Anthony de Mello (1931-1987) is well known due to his numerous publications which, translated into various languages, have been widely circulated in many countries of the world, though not all of these texts were authorized by him for publication. His works, which almost always take the form of brief stories, contain some valid elements of oriental wisdom. These can be helpful in achieving self-mastery, in breaking the bonds and feelings that keep us from being free, and in approaching with serenity the various vicissitudes of life. Especially in his early writings, Father de Mello, while revealing the influence of Buddhist and Taoist spiritual currents, remained within the lines of Christian spirituality. In these books, he treats the different kinds of prayer : petition, intercession and praise, as well as contemplation of the mysteries of the life of Christ, etc.
But already in certain passages in these early works and to a greater degree in his later publications, one notices a progressive distancing from the essential contents of the Christian faith. In place of the revelation which has come in the person of Jesus Christ, he substitutes an intuition of God without form or image, to the point of speaking of God as a pure void. To see God it is enough to look directly at the world. Nothing can be said about God ; the only knowing is unknowing. To pose the question of his existence is already nonsense. This radical apophaticism leads even to a denial that the Bible contains valid statements about God. The words of Scripture are indications which serve only to lead a person to silence. In other passages, the judgment on sacred religious texts, not excluding the Bible, becomes even more severe : they are said to prevent people from following their own common sense and cause them to become obtuse and cruel. Religions, including Christianity, are one of the major obstacles to the discovery of truth.
This truth, however, is never defined by the author in its precise contents. For him, to think that the God of one’s own religion is the only one is simply fanaticism. "God" is considered as a cosmic reality, vague and omnipresent ; the personal nature of God is ignored and in practice denied. Father de Mello demonstrates an appreciation for Jesus, of whom he declares himself to be a "disciple." But he considers Jesus as a master alongside others. The only difference from other men is that Jesus is "awake" and fully free, while others are not. Jesus is not recognized as the Son of God, but simply as the one who teaches us that all people are children of God.
In addition, the author’s statements on the final destiny of man give rise to perplexity. At one point, he speaks of a "dissolving" into the impersonal God, as salt dissolves in water. On various occasions, the question of destiny after death is declared to be irrelevant ; only the present life should be of interest. With respect to this life, since evil is simply ignorance, there are no objective rules of morality. Good and evil are simply mental evaluations imposed upon reality.
Consistent with what has been presented, one can understand how, according to the author, any belief or profession of faith whether in God or in Christ cannot but impede one’s personal access to truth. The Church, making the word of God in Holy Scripture into an idol, has ended up banishing God from the temple. She has consequently lost the authority to teach in the name of Christ.
With the present Notification, in order to protect the good of the Christian faithful, this Congregation declares that the above-mentioned positions are incompatible with the Catholic faith and can cause grave harm.
The Sovereign Pontiff John Paul II, at the Audience granted to the undersigned Cardinal Prefect, approved the present Notification, adopted in the Ordinary Session of this Congregation, and ordered its publication.
Rome, from the offices of the Congregation for the Doctrine of the Faith, June 24, 1998, the Solemnity of the Birth of John the Baptist.
+ Joseph Card. Ratzinger Prefect
+ Tarcisio Bertone, S.D.B. Archbishop Emeritus of Vercelli Secretary
Merci Père, je ne connaissais pas ces méthodes, mais ce qui m’a beaucoup touchée c’est votre description de l’oraison chrétienne comme préparation de notre coeur profond à l’accueil de l’Esprit saint. Je n’avais jamais saisi à ce point que tout notre “travail” consiste uniquement à cela, aussi encore et encore nous pouvons prier comme Salomon, en demandant au Seigneur : « donne-moi un coeur qui écoute ».
Marion
Merci merci merci Père, je ne puis "hélas" que confirmer tout ce que vous dites pour avoir pratiqué dans les contextes hindous et tibétains de méditation, après initiation ... la répétition de mantras, surtout plus de "je", tel n’était-ce pas le but de toutes ces pratiques "aliénantes" voire obsédantes, on finit par devenir le mantra ... Effectivement cela marche comme vous le soulignez, ceci étant, la conséquence de ces pratiques, même s’il n’y a plus de "je" et que "je" parvient au détachement après samatha (calme mental) et lakthong (vue profonde), n’est-elle pas que l’égo spirituel est flatté (d’où les dérives, amalgames et confusions pour tous les chrétiens qui pourraient penser en toute innocence que c’est l’esprit saint que nous faisons venir par ces techniques "adaptées" aux chrétiens), on devient conscient du "pouvoir" de ces mantras, sacrés, en sanscrit, capables par exemple de faire arrêter un proche de fumer à distance par la pratique du Bouddha de Médecine, cela m’est arrivé entre autre, après lui avoir fait force offrandes ... Hum ! Je n’en suis vraiment pas fière aujourd’hui. OK, ce n’est plus "moi" qui agis mais la divinité que j’ai appelée ...
Nous sommes bien loin en effet de la relation au Tout Autre, pas d’altérité ni de tendresse, mais au contraire, malgré les apparences souvent trompeuses, une attitude indifférente et infatuée ... Totalement incompatible avec la tradition chrétienne au risque d’en décevoir certains et je parle en connaissance de cause, point de Dieu mais de nombreuses idoles. Étant libérée de tout ce fatras de techniques et mantras, solutions magiques à l’odeur de souffre, je ne peux qu’appeler les chrétiens à la plus grande vigilance, c’est tellement mieux de s’en remettre au Seigneur et de Le laisser agir ! C’est un sentiment de liberté qui n’existe pas dans tout ce que j’ai pu vivre auparavant.
Je connais le mouvement de John Main et bien d’autres groupes cathos qui pratiquent cette forme d’oraison qui se raccrochent à des sources diverses dont la prière monologique dite "de Jésus", Karlfied graf Durckeim... j’ai participé à des retraites avec le dominicain J. Marie Guelette, théologien auxquele je fais confiance.
Votre critique est intéressante, pertinente même sur certains points mais me semble exagérée et risque de troubler les personnes qui peuvent découvrir le Christ dans cette voie que je qulifierais volontiers de "sapientielle" plutôt que de "naturaliste". D’ailleurs pourquoi opposer sans cesse le"surnaturel" et le "naturel". La nature est le socle de la grâce et l’homme d’après la belle définition de Rahner est naturellement ouvert au surnaturel. Il me semble, avec tout le respect que je vous dois, que vous devriez être plus modéré et considérer avec un certain respect la recherche d’autres personnes qui n’ont pas le même cheminement que vous. Corriger, orienter c’est bien... Mais rejetter le bébé avec l’eau du bain, je ne suis pas d’accord.
Franz HINDZE
Je vous remercie pour votre remarque ; mais ma critique de cette approche, comme je l’ai précisé, repose sur le fait qu’il s’agit ni plus ni moins d’une transcription d’une technique orientale (répétition d’un mantra), induisant les mêmes effets que celle-ci. Or il ne me semble pas que les états modifiés de conscience correspondent à la finalité de la prière chrétienne. J’ajoute que je parle d’expérience, et que la répétition d’un mantra, fût-il chrétien, n’a pas grand-chose à voir avec la Prière de Jésus chère à l’orthodoxie. (Votre référence à K. Durkheim confirme que nous ne sommes pas dans un contexte particulièrement « chrétien ».)
Vous me reprochez d’opposer la nature et la grâce : je crois plutôt que je réagis contre la confusion entre le créé et l’Incréé, que je tiens à distinguer, afin d’éviter qu’une expérience psychique (naturelle) ne soit qualifiée de surnaturelle. L’action de la grâce est toujours et nécessairement le fruit d’une initiative divine, et ne peut être suscitée par une technique humaine. Les méthodes (et non les techniques) de prière chrétienne ont pour but de préparer à l’accueil de la grâce, dans une humble soumission au bon vouloir divin.
Je me permets d’ajouter par rapport au second mail que vous m’avez envoyé et qui témoignait d’une certaine impatience, que mon ministère ne me permet pas de rester à l’affût des questions pour y répondre dans l’heure qui suit.
Merci pour votre réponse. Oui, l’impatience est un manque de confiance. Cela peut-être aussi une marque d’irritation devant votre "croisade" lorsque vous en prenez à des méthodes (Laurence Freeman n’a jamais parlé de technique) qui se veulent précisément une préparation à l’accueil de la grâce. J’ai beaucoup reçu à travers les écrits du Père Gerry Pierce, prêtre irlandais, déjà décédé. C’était un disciple de John Main et j’ai trouvé lumineuses ses méditations. Je me demande si vous avez vraiment lu l’oeuvre de John Main pour porter un jugement aussi unilatéral. Je ne veux pas m’ériger en censeur, je ne suis qu’un pauvre pécheur qui tous les jours fait l’expérience d’être centré sur soi et pas assez converti au Soleil du Christ. Mais je ne serais sans même pas croyant si je n’avais été interpellé par les écrits de Bede Griffiths ou Don Le Saux. En revanche j’ai une alergie pour les courants qui se rattachent au pentecôtisme. Leur manière de faire référence à l’Ecriture, leur manière de faire peur au gens en brandissant des menaces "occultes", ne me semblent pas libératrices. Les pratiques liées aux enfants sorciers en Afrique sont au moins aussi aliénantes que la méditation vipassana mal comprise.De tout manière je crois que de nouveaux langages sont à inventer même dans l’Eglise catholique, que certains vocabulaires sont devenus étrangers à notre vision du monde. Le New Age (avec toutes ses dérives que je déplore) marche parce qu’il surfe sur un nouvel imaginaire religieux fait de références à la psychologie, au sentiment de révérence qui nous saisit quand nous contemplons la Création, etc. Plutôt que de tout condamner en l’estanpillant "new Age" (comme naguère certains traitaient les catholiques sociaux de communistes), cherchons à retenir le meilleur. J’ajoute que je suis sensible au Christ de Teilhard, que je me sens proche des préoccupations écologiques (je ne parle pas de écolos libertaires façon Noël Mamère. pour moi le sentiment d’étonnement et d’adoration qui nait devant les merveilles de la Création est essentiel et fondamental dans ma lecture du Nouveau Testament. Je le revendique comme essentiel pour mon cheminement chrétien. Je respecte votre "combat" mais comprenez que des personnes comme moi ne se sentent pas compris et sont troublées. Au fond, sans la méditation transcendantale (que je ne veux pas défendre) seriez vous moine aujourd’hui ?
Paix et joie dans le Christ !