Rubriques
« Comment faire pleinement confiance à Dieu ? C’est difficile de faire confiance quand on ne ressent pas l’amour de Dieu pour soi et que l’on n’arrive pas à croire que Dieu veut ce qu’il y a de meilleur pour soi ? »
La question est difficile, mais puisqu’elle me fut posée, je vais essayer, maladroitement et pauvrement, d’y répondre. D’autant plus que je suis sûr que nombreux sont ceux qui se la posent, au moins occasionnellement.
Je partirai du fait que vous posez la question, et que vous la posiez si douloureusement. Vous n’arrivez pas à « croire » que Dieu vous aime, et pourtant c’est votre plus grand désir ; or un tel désir ne peut procéder que de l’expérience de cet amour vers lequel vous languissez. Une expérience non sensible, qui est plutôt de l’ordre de l’intuition (de foi), mais qui n’en est pas moins bien réelle ; la preuve : elle vous conduit à désirer toujours plus cet amour.
Il nous faut partir à la recherche de cette expérience de foi, qui je le répète, n’est pas au niveau de nos sens, ni même de notre psychisme (intelligence, volonté, affectivité, mémoire, imagination), mais plus profondément : au niveau de ce que les Ecritures appellent le « cœur », c’est-à-dire le lieu le plus intime de notre être où Dieu a élu sa demeure. Là le Seigneur se révèle comme le Dieu d’amour, en se donnant à nous dans l’Esprit.
Mais entre notre cœur profond et notre conscience habituelle, s’interpose toute l’épaisseur de notre psychisme, conscient et inconscient, avec toutes ses blessures et ses peurs. Les rayons de l’amour de Dieu ne nous atteignent qu’à travers le prisme déformant de nos relations humaines, hélas toujours douloureuses depuis que le péché est entré dans le monde avec son cortège de souffrances. C’est pourquoi il nous faut persévérer dans la prière, même lorsque celle-ci semble aride et stérile : c’est alors que l’Esprit Saint nous entraîne mystérieusement au-delà de notre pauvre psychisme, pour nous permettre de rejoindre la « chambre nuptiale du Roi » (Sainte Thérèse d’Avila) dans laquelle nous pénétrerons lorsque son bon plaisir nous en ouvrira la porte…
Jusqu’à un âge avancé je n’ai pas eu de vrai perception du sentiment de l’amour, de l’amitié ou même du sentiment du beau ! Il m’était impossible de dire sincérement que j’aimais mon père ou ma mère ou qu’un paysage était beau. Mes derniers souvenirs de "ressentir un sentiment positif" remontaient je crois au CM1 ou CM2. Ensuite : plus rien ! Je parle de sentiment "positif", car je n’étais pas complètement dépourvu de "sentiment". En effet au sein d’un vaste conflit familial sur plusieurs générations et entre mes parents à partir de ma plus petite enfance j’avais développé une haine violente avec des intentions meurtrières conscientes. J’ai vécu avec ce sentiment violent au moins une dizaine d’années. Ca c’est une période pendant laquelle je ne percevais par l’Amour de Dieu.
En passant de trés nombreuses étapes et environ 30 ans plus tard, après une phase de plusieurs années de grâces sensibles presque quotidiennes, s’est installée une phase de mise en doute - non de la foi - mais de ma capacité de parler à Dieu, de trouver les mots qui atteignent Dieu, de me faire comprendre par Dieu, de l’insignifiance de ma prière, du maintien de ma volonté d’aller vers Dieu, de ma capacité de me donner jour après jour à Dieu, etc. Toutes ces mises en causes se présentaient comme de fortes certitudes obsédantes et intimes - "venues de nulle part". La même certitude obsédante se présentait à chaque fois que je priais pendant plusieurs mois en cédant brusquement, souvent en lisant l’Ecriture Sainte. L’obséssion "suivante" prenant alors le relais pendant quelques mois. Au total, environ quatre années environ. Tout est parti d’un seul coup au moment d’une adoration eucharistique avec mon groupe de prière. Ca c’est une période pendant laquelle je ne percevais par l’Amour de Dieu, mais pour une rasion différente de la précédente. J’ai continué à prier, notamment le Rosaire + l’eucharistie.
C’est un peu long, mais je voulais dire que fondamentalement, dans ces moments, je me dis que c’est le Christ qui est l’origine de la foi, de l’espérance et de la charité. Pas nous ! A ce titre il est normal que notre nature "séparée" de Dieu ressente parfois ce fossé et se sente dans la plus grande incertitude. Croire que c’est Lui qui nous donne tout (foi, espérance et charité) est un acte d’Amour - insensible, voire douloureux, il est vrai. Autre idée importante, la vie spirituelle (avec l’Esprit Saint) suppose de renoncer à toute idée de "conservation" des éxperiences, même si on en jouit parfois de façon forte. Alors pourquoi refuser ce saut dans l’inconnu pour s’en réjouir plus tard ?
Je parle peut être à la légère, en effet la foi m’a rarement manqué, sauf une fois pendant environ une semaine, j’étais vraiment très éprouvé, "désespéré". Courage et persévérance donc.