La possibilité [1] que quelqu’un soit soumis aux forces du mal et même à Satan est une donnée attestée, de diverses manières, dans l’expérience et la conscience de foi de l’Église.
Il faut rappeler que Satan est en mesure d’interférer dans la vie d’un homme à un double niveau :
L’Évangile parle de la possibilité d’une présence diabolique dans l’homme : le sujet qui en est victime devient comme une « maison » dont l’ennemi a pris possession (cf. Mc 3, 22-27) ; et il décrit des interventions de libération de situations de ce genre opérées par Jésus.
Bien qu’il soit difficile de les interpréter, on ne peut pas penser que des interventions semblables doivent être comprises, toutes et toujours, comme une réponse à des situations de dissociation psychologique ou d’hystérie.
À moins de penser que Jésus ait été victime d’une superstition primitive, il ne semble pas que l’on puisse accepter que le « tu » qu’il emploie dans ses exorcismes (par exemple en Lc 4, 35 ; 8, 30-33) soit une expression purement abstraite, ne désignant « rien ».
Par ailleurs, on doit toujours prendre en considération que Jésus intervient non seulement sur la possession d’ordre physique, mais aussi sur celle d’ordre moral. Les formes d’influence démoniaque, bien que mystérieuses, ne peuvent être interprétées seulement comme des situations de fondement pathologique : elles doivent recevoir une évaluation théologique dans la mesure même où elles se présentent comme des antithèses au projet de salut de Dieu pour ses créatures.
La personne humaine, créée à l’image et à la ressemblance du Créateur et rachetée par le Christ, est appelée à la communion avec Dieu et à la participation à sa vie trinitaire. Tel est l’événement de la grâce du baptême et le don de l’Esprit Saint répandu dans nos cœurs.
L’action de Satan, en ses diverses expressions, s’oppose objectivement à la vocation salvifique de l’homme et à son appel à la vie de Dieu. Aussi, l’Église ne peut-elle rester indifférente devant de tels cas ; elle se sent autorisée à intervenir. En tant que sacrement du salut du Christ, elle sait qu’elle a reçu mandat de discerner et de s’efforcer de s’opposer à toute forme de mal ou de force mauvaise qui essaye de conduire l’homme à l’erreur et qui s’oppose à la réalisation de la Rédemption du Christ dans la vie des croyants.
Bien qu’il soit difficile de discerner les limites entre des situations psychotiques et des situations d’influence démoniaque effective, elle ne peut pas – en aucun cas – sous-évaluer la gravité de la souffrance des fidèles qui se sentent victimes de tels faits. Elle ne peut pas non plus se limiter à des condamnations générales ou expéditives.
L’Église comprend la souffrance de ces frères et de ces sœurs, et elle s’efforce de prendre – en la personne de ses ministres – une attitude de compréhension humaine et d’aide, en évitant aussi bien tout excès de rationalisme et de froid détachement que toute forme de fidéisme ou d’ingénue crédulité.
[1] Lettre pastorale : Magie et démonologie, DC 2104(1994)988-998.