Nouvel Age et postmodernité
Le terme clé de la postmodernité est celui de « déconstruction », qui s’applique à tous les domaines, y compris religieux. Avec pour conséquence, le développement des nouvelles formes de religiosités – regroupées sous le terme « Nouvel Age » – correspondant à la mentalité post- ou hyper-moderne. De nos jours, la quête religieuse prend ses distances par rapport aux institutions (déconstruites), par rapport aux dogmes (déconstruits) et par rapport à la morale (déconstruite). Elle se replie donc sur la sphère privée, s’élabore selon la sensibilité du moment de chacun, à partir d’éléments empruntés aux diverses traditions disponibles. Ce bri-collage syncrétiste est expurgé de toute morale, le relativisme étant le maître mot : à chacun sa vérité, ses valeurs et son éthique. La recherche est centrée sur l’acquisition d’expériences sensibles fortes, qui sortent de l’ordinaire, et qui soient susceptibles d’un crescendo intensif pour éviter l’ennui.
Certains analystes jugent que la défection constatée au sein de l’Eglise catholique, serait due au fait qu’elle n’a pas su s’adapter à cette évolution de la quête religieuse de nos contemporains. De fait, les nouvelles religiosités se présentent sur de nombreux points en opposition franche avec la proposition de sens chrétienne. Mais la foi n’est pas l’adhésion à un système de pensée qui serait tributaire d’une époque : il est communion de vie avec la Personne du Christ Jésus, mort et ressuscité pour nous, et toujours vivant au milieu de son Eglise. Alors que les cultures évoluent, meurent et se succèdent, le Royaume qu’il a instauré par sa Résurrection ne passera pas. Aussi nous gardons les yeux fixés sur celui qui est à l’origine et au terme de notre foi : Jésus-Christ, lui qui saura la conduire à son accomplissement dans la pleine participation à la vie divine (2 P 1,4).
Merci davoir défini si clairement la « déconstruction » en action dans nos sociétés dites modernes, déconstruction spirituelle, morale, le tout étant le résultat d’un laisser-aller à la facilité… Il est plus facile de vivre ce relativisme religieux (et moral)qu’une religion exigeante, surtout sous couvert de notions telles que » liberté personnelle » et « tolérance » (le mot est à la mode… quant au concept, il est aussi flou que la morale est molle) Mais, les modes passent. Et depuis plus de 2000 ans perdure un message d’amour qui, lui, n’a que faire des modes et de la mollesse… Merci aussi de l’avoir précisé.
« De plus, je me suis aperçu que mon esprit occidental athée, voire antireligieux, acceptait plus facilement de se pencher sur ce que propose une religion si il considérait que celle-ci n’offre pas nécessairement une interprétation du monde telle qu’il est mais telle que l’humain désire qu’il soit. Sur ce plan, le bouddhisme peut dévoiler tout un pan de la psychologie humaine que l’occident ignore ou néglige.
Lorsque je me suis penché sur le bouddhisme avec ce regard pour la première fois, la pensée qui le sous-tend m’est apparue comme la plus sensée des explications des fonctionnements humains qu’il ne m’ait été donné d’approcher. Mais de façon plus surprenante, elle m’est apparue comme la continuation logique du développement de la pensée occidentale! Ce qui est un paradoxe, la pensée bouddhiste étant apparue 2500 ans avant la pensée occidentale avec laquelle je la compare. »
Dans le bouddhisme, le Bouddha conseillait de ne pas avoir de principes car ils sont impermanentes cad un jour dépassés. Alors que dans les trois religions monothéistes, les principes sont gravés à jamais. On voit maintenant que le monde bouge,que toutes les idées qui apparaissent font place à de nouvelles et que les progrès des Sciences transforment le monde à grande vitesse.
Sans doute notre monde contingent est-il éphémère et changeant, mais cela n’implique en rien que son Créateur soit soumis aux mêmes vicissitudes ! « Ciel et terre passeront, la Parole de Dieu ne passera pas » (Mt 24, 35). La Révélation propose certes une interprétation du monde, mais dont l’initiative vient de Dieu et non pas des hommes : « Selon qu’il est écrit, nous annonçons ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment. Car c’est à nous que Dieu l’a révélé par l’Esprit ; l’Esprit en effet sonde tout, jusqu’aux profondeurs de Dieu » (1 Co 2, 9-10).
Merci, Père, pour votre message clair et synthétique comme toujours. Il fait réfléchir aux multiples attitudes de déconstruction que chacun peut identifier autour de lui et qui conduisent à promouvoir des valeurs subjectives et provisoires.
Mais que penser du fait que, en même temps, la société tend à se donner des règles très strictes condamnant par exemple les propos ou comportements considérés comme racistes ou homophobes ou que sais-je encore ? Le « politiquement correct » n’est-il pas un carcan qui échappe jusqu’à présent à toute tentative de déconstruction ?
Les deux phénomènes vous paraissent-ils liés l’un à l’autre ?
Je vous remercie d’avance pour votre réponse.
Il est heureux que notre société récuse le racisme sous toutes ses formes. Mais s’agit-il d’une option fondamentale, se concrétisant dans des attitudes de solidarité, ou ne s’agit-il que de beaux discours, légitimés par un poids de culpabilité hérité du passé ? Si vraiment notre culture n’était pas raciste, elle ne supporterait pas que la famine prive des millions de frères africains du minimum nécessaire à une vie décente. De même nos politiques nous rappellent qu’ils seront intransigeants devant toute forme d’antisémitisme – et je m’en réjouis pleinement ; mais est-ce vraiment au nom d’une valeur humanitaire ou au nom de notre culpabilité collective devant le drame de la Shoah ? Si l’individu humain a tant de valeur, alors comment se fait-il que cette même société tolère qu’on attente impunément à la vie des enfants sans défense et des vieillards démunis ? Il y a des contradictions entre les discours et les pratiques qui prouvent que nous ne construisons pas sur le socle de valeurs, mais de sentiments, d’émotions, de culpabilité, d’élans éphémères. Accuser un parlementaire d’homophobie parce qu’il déclare que le mariage entre deux personnes de sexe différent est plus « naturel » et a dès lors plus de valeur que le mariage entre deux personnes de même sexe, ne se justifie pas d’une étude anthropologique, mais d’une idéologie relativiste érigée en norme absolue. Paradoxalement, la déconstruction peut prendre des allures dogmatiques.
Merci de parler avec tant de clarté de la crise de notre société et de définir si bien la « déconstruction » de toutes nos valeurs.
Je voudrais poser une question aux analystes qui jugent que l’Eglise cath. n’ayant pas su s’adapter aux nouvelles évolutions, serait la cause de la défection constatée en son sein. Comment se fait-il que l’Islam qui ne s’adapte aucunement au monde moderne attire nombre de personnes et provoque des conversions? Comment se fait-il que tant de musulmans, d’abord tièdes, acceptent tout-à coup avec tant d’enthousiasme la rigoureuse discipline de prière islamique? Et même chez nous, dans le monde chrétien, l’Eglise grecque orthodoxe qui depuis des siècles n’a rien modifié, ni dans sa liturgie ni dans ses structures, elle, ne semble pas souffrir de défections.J’écris cela pour ceux qui sont toujours prêts à nous critiquer et vous remercie de nous rappeler que la foi chrétienne n’est pas une mode et n’a donc pas à s’adapter aux caprices d’une société.