La tolérance (suite)


La tolérance n’est pas une vertu, puisqu’elle ne vise pas un bien, mais un mal. Plus précisément : la tolérance est l’acte de celui qui n’empêche pas un mal, afin de promouvoir un plus grand bien ou d’éviter un plus grand mal.

La parabole de l’ivraie et du bon grain (Mt 13, 24-30) nous rappelle que Dieu tolère le mal dans nos vies : il refuse que les serviteurs arrachent l’ivraie uniquement pour éviter d’abîmer le bon grain, car la suppression du mal causerait des maux supérieurs à la tolérance dont il peut faire l’objet.

Tolérer un mal n’est pas l’approuver ou y consentir ; c’est la désapprouver et vouloir y mettre fin dès que possible.
Il est parfaitement intolérant d’accuser d’intolérance celui qui proclame avec conviction ce qu’il considère correspondre au vrai et au bien. En général une telle position trahit une position relativiste, doctrine selon laquelle il n’y aurait aucune vérité qui puisse s’imposer universellement. Mais le relativiste tolérant devrait « tolérer » que d’autres ne partagent pas sa conviction, et admettre qu’ils proclament ce qu’ils considèrent comme vrai et bien pour tout homme. L’accusation d’intolérance formulée par le relativiste, est une projection sur son interlocuteur de sa propre intolérance inavouable.

11 réponses à “La tolérance (suite)”

  1. Anonyme
    22 août 2006 à 22 h 23 min #

    Il est tout à fait surprenant de constater que dans notre société cette soi-disant tolérance ne soit appliquée qu’aux idées ( et encore,si elles n’expriment pas une position trop…catholique !) et de moins en moins aux personnes dont la dignité est sans cesse bafouée ( attaques contre la famille, promotion de la culture de mort, banalisation de l’avortement, transgression éthique du clonage,etc).
    C’est uniquement l’inverse qui devrait être « toléré » en affirmant avec force la primauté de la personne sur toutes les idéologies et autres maladies de la pensée.
    J’ai souvent envie de dire aux libres-penseurs : Seule la Vérité vous rendra libre !
    Patrick

  2. Elisabeth
    23 août 2006 à 13 h 41 min #

    Bonjour mon Père

    Cette réflexion sur l’intolérance m’intéresse beaucoup, merci à vous. Les partisans du relativisme sont, eux aussi, convaincus de la « vérité » du relativisme en matière de religion. Pourquoi? Comme nous faisons le choix de la foi en Jésus, l’un aura fait le choix de l’athéisme, l’autre du bouddhisme, l’autre de la religion musulmane. Et donc, si chacun essaie d’argumenter avec nous pour nous convaincre de ce qui est, selon sa conviction, « le bien », « la vérité », nous devons aussi accueillir, écouter chacun avec bienveillance. Au bout du compte, ne risquons-nous pas de trouver un peu « fastidieux », à la longue, les propos de l’athée qui veut nous convaincre de sa vérité, même si, en retour, il écoute ce que nous disons de notre foi? Car les autres « tolèrent » notre foi, qui, de leur point de vue, est un mal. Chacun restant sur ses positions, sauf cas de conversion, on finit par accepter de se taire pour ne pas « indisposer » les autres parce qu’on est fatigué d’entendre ceux qui veulent aussi nous convaincre. Au fond, n’est-ce pas le mot « tolérance » qui est piégé?Habituellement, par « tolérance », on entend plutôt « respect », respect de l’autre, avec ses convictions.D’où vient le mot « tolérance »? Quel est l’histoire du mot? Pardon de tourner en rond mais j’essaie juste de réfléchir!
    Par ailleurs, je crois qu’on ne peut pas comparer des comportements sociaux (tolérance)et des choix personnels (respect).

    • Père Joseph-Marie Verlinde
      24 août 2006 à 9 h 42 min #

      Je crains que pour le moment, ce soient plutôt les chrétiens, et en particulier les catholiques, qui soient fatigués de rendre compte de leur foi, pour la simple raison que l’accueil est plus que mitigé. Alors qu’il est de bon ton de témoigner de son dernier séjours dans un monastère bouddhiste, il fait totalement « ringard » de parler de sa retraite dans un monastère bénédictin ! Je crois qu’il faut prendre conscience de cet état de fait sans nous laisser impressionner pour autant. Continuons à témoigner et « à rendre compte de notre espérance devant les hommes » (1 P 3, 15) puisque la Parole nous le demande et que la laïcité nous en donne la possibilité ; « mais que ce soit avec douceur et respect, en possession d’une bonne conscience, afin que, sur le point même où l’on nous calomnie, soient confondus ceux qui décrient notre bonne conduite dans le Christ » (1 P 3, 16).

      • Colombe
        25 août 2006 à 7 h 29 min #

        Comme cela est vrai Père. Lorsque j’étais « bouddhiste », je suscitais l’intérêt, la curiosité et « j’attirais » un tas de gens autour de moi … Depuis mon retour à ma religion d’origine, ce sont le plus souvent des mines consternées ou des propos calomnieux contre l’Église Catholique, y compris de la part de chrétiens, un certain « mépris », c’est curieux mais ce mot me trottait dans la tête depuis hier et ce matin je lis un texte de Saint Antoine de Padoue en écho à l’évangile d’aujourd’hui qui me touche en plein coeur :

        « Aime-toi, tel que Celui qui t’a aimé t’a fait. Méprise-toi, tel que toi tu t’es fait. Soumets-toi à ce qui est au-dessus de toi ; méprise ce qui est au-dessous de toi. Aime-toi de la même manière que t’a aimé Celui qui s’est livré pour toi. Méprise-toi, pour avoir méprisé ce que Dieu a fait et a aimé en toi…
        Veux-tu garder Dieu toujours en ton esprit ? Regarde-toi tel que Dieu t’a fait. Ne va pas chercher un autre toi-même, ne te rends pas autre que ce que Dieu t’a fait. Ainsi tu auras toujours Dieu dans ton esprit. »

        Pardonnez-moi Père pour cette digression mais ce qui me remplit de joie, c’est qu’à chaque fois que d’aucuns tentent de me destabiliser dans ma démarche de foi, y compris celle en moi « telle qu’elle s’est faite », le Seigeur me ramène vers Lui avec tendresse et miséricorde, qu’Il soit béni !

    • Candide
      25 août 2006 à 14 h 12 min #

      C’est évident qu’à partir du moment où l’on proclame qu’une vérité est absolue en matière de religion, on se place dans une situation de conflits inévitables aussi bien avec les autres religions révélées, qu’avec les partisans du relativisme, les athés, les agnostiques … et on voit mal quel bien il peut résulter de telles positions pour l’humanité et quelle en sera l’issue ultime ?

      L’église ne pratique-t-elle pas de fait un relativisme négatif dans ses rapports avec les autres religions qu’elle considère comme des tentatives humaines et inachevées, finalement de moindre « maux » provisoires qu’il faut tolérer ?

      Il faut alors admettre qu’aucun dialogue inter-religieux sérieux n’est possible dans ces conditions où règne la plus grande hyppocrisie. Il faut donc être lucide et accepter toutes les conséquences qui poussées dans leur logique extrême peuvent aller jusqu’à la guerre sainte pour que sa propre vérité triomphe contre ce qu’on considère comme un mal « absolu » ou même « relatif ».

      Alors, est-ce que les religions sont capables d’apporter plus de paix à l’humanité dans le respect de leurs différences, ou au contraire, ne peuvent-elles que nous proposer que des rivalités, des affrontements, du fanatisme et en finalité une guerre mondiale où chacun brandira sa religion comme étendard ? un Armaguédon ? Malheureusement, étant donnée la situation dans le monde, la radicalisation des religieux, il faut aujourd’hui envisager cette hypothèse comme possible.

      • Père Joseph-Marie Verlinde
        25 août 2006 à 19 h 58 min #

        Je ne pense pas que l’on puisse utiliser le terme de « relativisme » pour décrire la position de l’Eglise, puisqu’elle considère que Jésus est « le chemin, la vérité et la vie ». Elle ne soutient donc pas l’adage relativiste : « à chacun sa vérité », mais admet que des « semences du Verbe » sont présentes dans toutes les traditions qui cherchent sincèrement la vérité. Au départ les Pères de l’Eglise avaient énoncé cette doctrine en pensant aux systèmes philosophiques ; plus tard elle fut étendue aux traditions religieuses non-chrétiennes.

  3. Olivier Laprais
    23 août 2006 à 13 h 56 min #

    Le mal est donc un bien nécessaire… pour que l’on puisse voir que le bien existe ; il faut que le mal soit là !

    • Père Joseph-Marie Verlinde
      24 août 2006 à 9 h 45 min #

      Je ne pense pas ! L’objet formel de l’intelligence est le vrai, celui de la volonté est le bien. Le mensonge et le mal sont des manques criants de ce que l’intelligence et la volonté cherchent comme leur finalité propre. De même que nous n’avons pas besoin de la maladie pour connaître et apprécier la santé, nous n’avons nullement besoin du mensonge et du mal pour apprécier le vrai et le bien !

      • Anonyme
        3 septembre 2006 à 23 h 30 min #

        Cela a-t-il à voir avec le ‘mal en excès’ de Lytta Basset?
        J’ai lu cet auteur avec beaucoup d’intérêt, mais j’avoue avoir calé sur ce concept.

      • olivier laprais
        3 septembre 2006 à 23 h 54 min #

        Bon il s’agissait d’une boutade !
        Par contre pour rebondir sur le mal (!), j’ai vu sur votre site un Cd sur le diable et ses différentes formes ; cela me rappelle un excellent film, un peu ambigue, « l’associé du diable », où sous les traits d’Al Pacino, le diable dit en substance que « la vanité est mon pêché préféré », prenant à nouveau en défaut par la flatterie le jeune avocat qui veut se faire, après son aventure vers l’orgueuil, l’avocat du bien… Bref l’intelligence peut malheureusement être prise en défaut… même si la cible visée était d’atteindre le bien. Tout comme la santé peut être l’objectif final avec apparition parfois à notre plus grand regret d’une pathologie iatrogène.

        • Père Joseph-Marie Verlinde
          8 septembre 2006 à 14 h 08 min #

          Vous avez tout à fait raison : l’intelligence humaine, privée de la grâce divine, peut errer ! C’est bien pourquoi nous avons besoin de la foi : la Révélation peut en effet confirmer, compléter – au besoin corriger – ce que nous pouvons affirmer de Dieu à partir des efforts de notre raison naturelle. De plus, seule la Révélation peut nous révéler le sens de notre vie, la raison d’être de notre existence, à savoir notre destinée de gloire.

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