Comment faire pleinement confiance à Dieu ?

« Comment faire pleinement confiance à Dieu ? C’est difficile de faire confiance quand on ne ressent pas l’amour de Dieu pour soi et que l’on n’arrive pas à croire que Dieu veut ce qu’il y a de meilleur pour soi ? »

La question est difficile, mais puisqu’elle me fut posée, je vais essayer, maladroitement et pauvrement, d’y répondre. D’autant plus que je suis sûr que nombreux sont ceux qui se la posent, au moins occasionnellement.

Je partirai du fait que vous posez la question, et que vous la posiez si douloureusement. Vous n’arrivez pas à « croire » que Dieu vous aime, et pourtant c’est votre plus grand désir ; or un tel désir ne peut procéder que de l’expérience de cet amour vers lequel vous languissez. Une expérience non sensible, qui est plutôt de l’ordre de l’intuition (de foi), mais qui n’en est pas moins bien réelle ; la preuve : elle vous conduit à désirer toujours plus cet amour.

Il nous faut partir à la recherche de cette expérience de foi, qui je le répète, n’est pas au niveau de nos sens, ni même de notre psychisme (intelligence, volonté, affectivité, mémoire, imagination), mais plus profondément : au niveau de ce que les Ecritures appellent le « cœur », c’est-à-dire le lieu le plus intime de notre être où Dieu a élu sa demeure. Là le Seigneur se révèle comme le Dieu d’amour, en se donnant à nous dans l’Esprit.

Mais entre notre cœur profond et notre conscience habituelle, s’interpose toute l’épaisseur de notre psychisme, conscient et inconscient, avec toutes ses blessures et ses peurs. Les rayons de l’amour de Dieu ne nous atteignent qu’à travers le prisme déformant de nos relations humaines, hélas toujours douloureuses depuis que le péché est entré dans le monde avec son cortège de souffrances. C’est pourquoi il nous faut persévérer dans la prière, même lorsque celle-ci semble aride et stérile : c’est alors que l’Esprit Saint nous entraîne mystérieusement au-delà de notre pauvre psychisme, pour nous permettre de rejoindre la « chambre nuptiale du Roi » (Sainte Thérèse d’Avila) dans laquelle nous pénétrerons lorsque son bon plaisir nous en ouvrira la porte…

8 réponses à “Comment faire pleinement confiance à Dieu ?”

  1. Anonyme
    13 août 2006 à 6 h 04 min #

    Merci Père pour votre beau témoignage ainsi que pour vos encouragements à persévérer dans la prière, en effet Il est bien là et se manifeste toujours de façon inattendue, la prière des frères et soeurs n’est pas vaine et malgré les moments de découragement inérents à notre psychisme comme vous le soulignez, écouter Sa parole reste le plus sûr moyen de garder le cap dans nos vies.

    • Christophe
      17 août 2006 à 10 h 04 min #

      Merci pour ce billet toujours d’actualité, car ce sujet est au fond LE sujet, celui de l’intimité qui préfigure celle que nous vivrons dans l’éternité ; ma question est un peu plus technique, et il est bien probable que vous l’ayez déjà abordée. Dans ce cas, je me contenterai de références comme réponses !
      Je comprends qu’affectivité, mémoire, imagination, sensibilité, appartiennent au « psychisme » ; je ne saisis pas que vous y ajoutiez l’intelligence et la volonté. De plus, puique vous faites la distinction, que nommez-vous le « coeur », différent de l’intelligence et de la volonté, ce « lieu le plus intime de notre être où Dieu a élu sa demeure. Là le Seigneur se révèle comme le Dieu d’amour, en se donnant à nous dans l’Esprit ».
      Pardonnez-moi de soulever ce sujet directement, mais j’ai toujours cru qu’intelligence et volonté étaient les cimes de l’âme et en constituaient le « coeur » ; peut-être ai-je encore quelque chose à apprendre.
      Merci de votre réponse,
      Christophe.

      • sophie
        23 août 2006 à 16 h 04 min #

        Je réagis exactement comme Christophe et suis étonnée de voir figurer l’intelligence et la volonté dans le psychisme. On m’a enseigné qu’au contraire ces deux facultés sont le coeur ou l’esprit et le lieu le plus intime de notre être.
        Ensuite il me semble que la question de la confiance, bien que résultant de notre connaissance de Dieu par la prière a aussi besoin de réponses intellectuelles. En effet, nous avons besoin de la raison et de la révélation pour découvrirle Père comme le Tout-aimant, c’est-à dire un Dieu tout puissant… au service de l’Amour. La confiance repose à mon avis sur deux choses : la valeur de la personne en qui nous faisons confiance et sa capacité à répondre à notre confiance : puissance, Providence etc…
        Qu’en pensez vous ?
        Sophie

        • Père Joseph-Marie Verlinde
          24 août 2006 à 10 h 13 min #

          Pour reprendre le vocabulaire biblique, le cœur n’est pas la faculté correspondant à l’intelligence, mais à la sagesse. Il désigne fondamentalement le lieu de notre relation personnelle à Dieu, et dès lors le lieu où nous décidons du sens de notre vie et de notre destinée. Certes, le cœur a quelque chose à voir avec l’intelligence et la volonté : les lignes qui précèdent en témoignent. Mais l’insistance est différente dans l’anthropologie biblique : l’intelligence du cœur est la sagesse qui consiste à savoir mener sa vie en conformité avec la volonté divine. Il y entre certes une part de raisonnement, mais il faut également tenir compte de l’intuition de la foi, c’est-à-dire l’accueil des lumières de l’Esprit Saint pour interpréter de manière authentique la Révélation que Dieu fait de lui-même dans sa Parole, Révélation qui culmine en son Fils, le Verbe incarné. Le cœur de pierre est le cœur mort, qui ne vit plus de la foi, qui est privé de la vie divine de la grâce ; mais cela n’empêche pas la personne de continuer à réfléchir. Certes il lui manque une « aile » pour s’élever vers la vérité (Introduction à Fides et Ratio de Jean-Paul II), mais elle peut utiliser son intelligence et sa volonté au niveau purement « psychique ».
          Vous avez raison en ce qui concerne votre second point : Vatican I (repris par Vatican II) précisait déjà que nous pouvions nous élever à l’affirmation de l’existence de Dieu par la voie de la raison. Saint Paul ne dit-il pas en effet que « la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes, qui tiennent la vérité captive dans l’injustice ; car ce qu’on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste : Dieu en effet le leur a manifesté. Ce qu’il a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu’ils sont inexcusables ; puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme à un Dieu gloire ou actions de grâces » (Rm 1, 18-21).
          Mais (fidèle en cela à Saint Thomas d’Aquin) le même Concile précisait que nous avions besoin de la Révélation en ce qui concerne notre destinée éternelle : la certitude de l’existence de Dieu ne nous assure pas pour autant de sa bienveillance, et ne nous révèle pas la destinée de gloire qu’il réserve à ses enfants. Pour cela nous avons besoin de la Révélation, en particulier de l’Incarnation rédemptrice.

          • MOYON Patricia
            24 août 2006 à 15 h 22 min #

            C’est en vivant l’expérience de la confiance humaine que j’ai découvert ce que signifiait la confiance envers Dieu :
            c’est parce que des personnes nous ont fait entièrement confiance, que nous pouvons vivre cette dimension de confiance, dans le coeur à coeur, nourrit par la Parole de Dieu et son Pain de Vie. C’est quand nous faisons confiance à des personnes ( par le regard et la parole) qui encouragent, que nous pouvons accueillir la confiance que Dieu nous fait,et en vivre puisqu’Il nous a aimé le Premier.

  2. dom
    17 août 2006 à 8 h 35 min #

    Mais comment partir à la recherche de cette expérience de foi, au niveau de notre coeur le plus profond ?

  3. Coralie
    19 août 2006 à 16 h 55 min #

    Merci pour ce message d’espoir. Ayant a un moment dans ma vie connu la rencontre avec le Christ et avec la Trinité, je suis inquiete aujourd’hui car il me semble que je me sois eloignée du Ciel. Pourtant je continue a croire que le Seigneur ne me laissera me perdre … Un chemin difficile est devant moi, j’ai choisi de le suivre.

  4. Charles
    20 août 2006 à 15 h 26 min #

    Jusqu’à un âge avancé je n’ai pas eu de vrai perception du sentiment de l’amour, de l’amitié ou même du sentiment du beau ! Il m’était impossible de dire sincérement que j’aimais mon père ou ma mère ou qu’un paysage était beau. Mes derniers souvenirs de « ressentir un sentiment positif » remontaient je crois au CM1 ou CM2. Ensuite : plus rien ! Je parle de sentiment « positif », car je n’étais pas complètement dépourvu de « sentiment ». En effet au sein d’un vaste conflit familial sur plusieurs générations et entre mes parents à partir de ma plus petite enfance j’avais développé une haine violente avec des intentions meurtrières conscientes. J’ai vécu avec ce sentiment violent au moins une dizaine d’années. Ca c’est une période pendant laquelle je ne percevais par l’Amour de Dieu.

    En passant de trés nombreuses étapes et environ 30 ans plus tard, après une phase de plusieurs années de grâces sensibles presque quotidiennes, s’est installée une phase de mise en doute – non de la foi – mais de ma capacité de parler à Dieu, de trouver les mots qui atteignent Dieu, de me faire comprendre par Dieu, de l’insignifiance de ma prière, du maintien de ma volonté d’aller vers Dieu, de ma capacité de me donner jour après jour à Dieu, etc. Toutes ces mises en causes se présentaient comme de fortes certitudes obsédantes et intimes – « venues de nulle part ». La même certitude obsédante se présentait à chaque fois que je priais pendant plusieurs mois en cédant brusquement, souvent en lisant l’Ecriture Sainte. L’obséssion « suivante » prenant alors le relais pendant quelques mois. Au total, environ quatre années environ. Tout est parti d’un seul coup au moment d’une adoration eucharistique avec mon groupe de prière. Ca c’est une période pendant laquelle je ne percevais par l’Amour de Dieu, mais pour une rasion différente de la précédente. J’ai continué à prier, notamment le Rosaire + l’eucharistie.

    C’est un peu long, mais je voulais dire que fondamentalement, dans ces moments, je me dis que c’est le Christ qui est l’origine de la foi, de l’espérance et de la charité. Pas nous ! A ce titre il est normal que notre nature « séparée » de Dieu ressente parfois ce fossé et se sente dans la plus grande incertitude. Croire que c’est Lui qui nous donne tout (foi, espérance et charité) est un acte d’Amour – insensible, voire douloureux, il est vrai. Autre idée importante, la vie spirituelle (avec l’Esprit Saint) suppose de renoncer à toute idée de « conservation » des éxperiences, même si on en jouit parfois de façon forte. Alors pourquoi refuser ce saut dans l’inconnu pour s’en réjouir plus tard ?

    Je parle peut être à la légère, en effet la foi m’a rarement manqué, sauf une fois pendant environ une semaine, j’étais vraiment très éprouvé, « désespéré ». Courage et persévérance donc.

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