Les secrets merveilleux de l’Abbé Julio

« En tant que science de l’Au-Delà, le spiritisme est un précipice aux bords escarpés qui conduit l’homme de science aux sommets et à la lumière, alors que l’imprudent qui s’y lance à la légère tombe infailliblement dans les noirs filets des Esprits mauvais. Voilà pourquoi l’Eglise, qui est cependant la Grande Spirite par excellence, mais qui, hélas ! a perdu la clé des mystères révélés par son fondateur Jésus-Christ, le Divin Spirite, en bonne mère poule prudente, a défendu à tous ses petits poussins de s’en occuper, sans distinguer quel est le bon et le mauvais de cet incommensurable Au-Delà. Elle finira cependant bien par y venir, car l’heure est venue où l’Esprit Saint, inspirateur de tout spiritisme vrai et pur, éclairera tout homme venant en ce monde. »

Abbé Julio, Petits secrets merveilleux

Vu le nombre important de chrétiens qui, en pleine bonne foi, utilisent les livres de magie de l’Abbé Julio comme s’il s’agissait de recueils de prières, nous avons cru bon de dévoiler l’horizon de pensée de ce curé de campagne devenu une référence dans le monde occulte. La citation proposée reprend des thèses classiques du spiritisme auquel adhère notre auteur : Jésus serait le plus grand des médiums, qui communique avec Dieu (qu’il nomme « son Père ») par le truchement de l’Esprit (Saint). L’Eglise a hélas perdu la clé d’interprétation des évangiles et dans son ignorance, elle condamne massivement le spiritisme au lieu d’opérer un juste discernement, que notre Abbé, bien plus éclairé que l’Eglise, s’empresse de faire à sa place. Il distingue trois types de spiritisme.

Le premier est « faux, impur » et condamnable : il s’agit de « l’invocation des Esprits mauvais » qui « existent bel et bien » et que « tout prêtre et tout chrétien a le devoir de combattre sans trêve ».

Le second type de spiritisme est plus redoutable encore car il paraît inoffensif alors qu’il est extrêmement dangereux. Il s’agit de l’évocation « des Esprits, ni mauvais, ni bons, mais qui entourent la terre de leur cercle serré et ne cherchent que les terrestres communications, soit pour y venir à demeure et voler les forces vitales et spirituelles de ceux qu’ils imprègnent, soit que n’étant pas encore complètement désincarnés, ils voudraient se rattacher à la terre à nos dépens ». Il s’agirait donc d’âmes errantes attachées à la vie terrestre et essayant d’y rester en puisant dans les énergies vitales des curieux fréquentant « le spiritisme des salons ». L’Abbé dénonce les conséquences désastreuses de ces pratiques : « maladies nerveuses, déséquilibre, folie ».

Mais il y aurait un troisième type de spiritisme, à vrai dire le seul digne de ce nom, le spiritisme « vrai et pur », le spiritisme « scientifique » qui conduit ceux qui le pratiquent « jusqu’au seuil du mystère. Sûrement, la clé du sanctuaire leur sera confiée ». Les esprits qu’ils invoquent seraient selon notre auteur, les membres de « l’Eglise triomphante, les Fils de Dieu qui ont cherché la lumière ici-bas dans la simplicité de leur âme, et la trouvent dans l’Au-Delà dans une ascension perpétuelle vers l’Absolu ». Tels seraient donc les esprits supérieurs que l’Abbé invoque et qui répondent à ses appels grâce aux services de « la haute médiumnité de personnes privilégiées ».

Notons que ces « vrais guides ne se communiquent qu’à ceux qui sont dignes, par la préparation nécessaire, par leurs efforts héroïques vers la vertu, d’entrer en rapport avec eux ». Nous retrouvons grosso modo les distinctions proposées par Rozier et bien d’autres occultistes, entre la magie « ordinaire », faisant appel aux entités astrales auxquelles le magicien commande, et la « haute magie », qui traiterait avec des esprits supérieurs, auxquels le mage obéit. Il va sans dire que la haute magie ne pratique que la magie blanche et laisse la sorcellerie aux magiciens du niveau astral.

On demeure perplexe devant tant de candeur ! Alors que l’Abbé Julio dénonce les agissements « des esprits ni bons ni mauvais » du second type de spiritisme, « qui prennent tous les masques », il ne semble pas soupçonner que les esprits soi-disant supérieurs auxquels il se confie, sont tout aussi maléfiques que les précédents. Ils ont tout simplement su s’adapter à leur interlocuteur potentiel. Satan sait bien qu’on ne prend pas des mouches avec du vinaigre ; aussi prend-il soit de se déguiser en Ange de lumière (cf. 2 Co 11, 1) pour attirer ceux qui cherchent à justifier leur recherche de pouvoir, en argumentant qu’ils ne « font que du bien » (magie « blanche »). Mais tout au long de l’histoire de l’Eglise, les Pères et le Magistère ont toujours condamné toutes les formes de magie, quelle que soit leur couleur. La fin d’une action, aussi bonne soit-elle, ne justifie jamais le recours à des moyens illicites, comme par exemple l’invocation des esprits déchus du monde occulte.

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