Ce qu’est le Nouvel Age

Un réseau de réseaux

Le Nouvel Age ne se présente pas comme un « mouvement » : il n’a ni fondateur, ni hiérarchie, ni gouvernement, ni structuration interne. Il s’agit plutôt d’une mentalité, d’un état de pensée, qui convergent autour de quelques thèmes.

« Pour tenter d’éviter la confusion que pourrait causer l’emploi du terme “mouvement”, certains préfèrent parler du Nouvel Âge comme d’un “milieu”,ou d’un “culte d’audience” (audience cult).

Cependant, on souligne aussi que c’est un courant de pensée très cohérent, un défi délibéré à la culture moderne. Il s’agit d’une structure syncrétique rassemblant toute sorte d’éléments, ce qui permet aux individus de partager des intérêts ou de nouer des relations à divers degrés et avec différents niveaux d’engagement. Nombre de tendances, pratiques et attitudes appartenant de quelque façon au Nouvel Âge ressortent en réalité d’une réaction générale et facilement identifiable contre la culture ambiante. En ce sens, le terme “mouvement” n’est pas totalement inapproprié, et peut être appliqué au Nouvel Âge au même titre qu’il l’est à d’autres grands mouvements sociaux tels que le mouvement pour les droits civils ou celui pour la paix. Car comme eux, il comprend un ensemble hétéroclite d’individus qui, tout en adhérant aux grands objectifs du mouvement, diffèrent beaucoup par leur niveau d’engagement et leur interprétation des questions particulières1. »

On parle d’un réseau – network – et même d’un réseau de réseaux ou méta-réseau.

Les réseaux sont des organisations sans lien formel ; ils se composent d’éléments autonomes – personnes et organisations – qui fonctionnent en même temps comme des ensembles indépendants et comme des parties interdépendantes :

« Ces groupes qui s’auto-organisent n’ont presque rien de commun avec les anciennes structures politiques, nous assure Marylyn Ferguson. Ils se recouvrent, forment des coalitions et se soutiennent mutuellement, sans que naisse une structure de pouvoir habituelle. Ces initiatives transcendent les frontières nationales traditionnelles2. »

Les réseaux présentent différents niveaux, de telle façon qu’un réseau peut exister à l’intérieur d’un réseau plus vaste, qui est intégré à son tour dans un réseau plus englobant ou méta-réseau.

Les frontières entre les réseaux sont volontairement vagues « défiant les efforts des observateurs extérieurs pour définir où commence et où finit un réseau ».

Les réseaux sont généralement décentralisés, n’ayant souvent pas de leader ou de quartier général unique. L’autorité et la responsabilité sont largement distribuées. Les nombreuses perspectives d’un réseau garantissent l’autonomie de tous ses membres. Ainsi le mouvement du Nouvel Age est un immense réseau d’individus et d’organisations, sans structure rigide, mais tissé autour de valeurs et de visions communes3.

Une nébuleuse mystique-ésotérique

C’est sans doute cette absence de visage aux contours définis qui explique qu’à l’origine le Nouvel Age n’ait pas reçu de nom précis. Les sociologues parleront de nébuleuse « mystique-ésotérique ».

Le Nouvel Age « n’est pas une religion mais il est quand même religieux ; n’est pas une philosophie mais il est quand même une vision de l’homme et du monde ainsi qu’une clé d’interprétation. Il n’est pas une science mais s’appuie sur des lois “scientifiques”. Il est une nébuleuse qui contient de l’ésotérisme et de l’occultisme, de la pensée mythique et magique au sujet des secrets de la vie4 ».

Le document de la Congrégation Pontificale de la Culture précise :

« Beaucoup de ceux qui adhèrent au Nouvel Age, ont rejeté la religion organisée, estimant qu’elle ne répondait pas à leurs besoins, pour aller chercher ailleurs la “spiritualité”. En outre, le Nouvel Âge étant convaincu que le temps des religions particulières est révolu, en parler comme d’une religion irait à l’encontre de l’idée qu’il se fait de lui-même. Il est cependant assez juste de situer le Nouvel Âge dans le contexte plus vaste de la religiosité ésotérique, dont la fascination ne cesse de grandir. »

Dans l’introduction aux Enfants du Verseau, M. Ferguson confirme :

« Quelque chose de remarquable est en cours et se développe à une vitesse vertigineuse. Mais ce mouvement n’a pas de nom, il échappe à toute description.

A mesure que nous découvrons l’existence de nouvelles organisations, de groupes dont l’intérêt converge dans les nouvelles approches de la santé, de l’éducation humaniste, de la nouvelle politique et de la gestion, nous avons été frappés par la qualité indéfinissable du Zeitgeist.

L’esprit du temps que nous vivons est chargé de paradoxes. Il est à la fois pragmatique et transcendantal. Il associe l’illumination et le mystère, le pouvoir et l’humilité, l’interdépendance et l’individualité. Il est simultanément politique et apolitique. Ses auteurs et ses acteurs se recrutent aussi bien auprès des conservateurs que parmi leurs adversaires.

En quelques années, le mouvement a contaminé par ses implications la médecine, l’éducation, les sciences sociales, les sciences exactes et même les gouvernements.

Il est caractérisé par des organisations fluides opposées aux dogmes et qui répugnent à créer des structures hiérarchiques. Il opère selon le principe que le changement peut seulement être facilité et non pas décrété. Il est dépourvu de manifeste. Il semble, par son désir d’intégrer la magie et la science, l’art et la technologie, traiter d’un sujet très ancien.5 »

On ne saurait donc confondre le Nouvel Age avec les NMR (nouveaux mouvements religieux) ni avec les mouvements gnostiques, ésotériques, occultes, spirites ou autres NMM (nouveaux mouvements magiques). Ceux-ci se définissent précisément comme des mouvements, avec une hiérarchie et une structure souvent très marquées et une doctrine bien définie.

Cependant, nous verrons que le Nouvel Age se trouve en étroite interaction avec ces mouvements ou écoles et qu’il peut précisément se définir comme un réseau de communication ou d’interaction entre ces différents mouvements.

Un hôte encombrant

Le père Michael Fuss souligne le caractère « parasitaire » du Nouvel Age6 qui s’infiltre comme un hôte dans les traditions religieuses ou culturelles, mais qu’il finit par transformer de l’intérieur. C’est ainsi que le Nouvel Age a cherché, et pratiquement réussi, à pénétrer dans toutes les traditions religieuses – y compris chrétienne – pour se développer à leurs dépens. Profitant de sa fluidité et de son absence de structure, il feint de s’adapter aux institutions qu’il approche, sans cependant jamais y adhérer vraiment et encore moins s’y fixer.

L’« évidence » de la réincarnation, infiltrée jusqu’au cœur des communautés chrétiennes, est un exemple typique de la manière dont le Nouvel Age parvient à introduire des éléments étrangers à l’intérieur des doctrines qu’il visite.

Ce parasitage subtil conduit également le Nouvel Age à se présenter comme un mouvement de « réveil » des traditions anciennes. Mais le soi-disant « réveil » est rarement fidèle à ce que fut la tradition avant la réinterprétation par le Nouvel Age.

  1. Conseil Pontifical de la Culture, Jésus-Christ le porteur d’eau vive. []
  2. M. Ferguson, Les enfants du Verseau, J’ai lu, coll. « Aventure secrète » n° 4029/7, Paris, 1999, p. 420. []
  3. D. Spangler, New times network, 1992. []
  4. G. Daneels card., Le Christ ou le verseau ?, Presses de l’archevêché, Mechelen, 1991. []
  5. M. Ferguson, op. cit., pp. 10-11. []
  6. M. A. Fuss, « New Age and Europe ; a challenge for theology», dans M. A. Fuss (ed), Rethinking New Religious Movements, Pontifical Gregorian University, Rome, 1998, pp. 645-664. []
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